Lundi 11 janvier 2010
1
11
/01
/Jan
/2010
11:55
La crise actuelle a cet avantage de rendre plus audible et acceptable aux chefs d’entreprise la nécessité de se regrouper et de mutualiser leurs forces. Dans le livre de Pierre D’Ornano et Denis
Bachelot « survivre à la crise », Jean-Marie Boucher (Président du club Small Business impliqué à la CGPME et élu à la CCI de Paris) écrit dans la préface : « J’ai ainsi compris que le soucis
de préserver son indépendance, vécu parfois comme un dogme par un certain nombre de mes amis, était illusoire et pouvait même être dommageable pour la survie de nos entreprises ».
La dynamique de groupements ou de clusters en retard en Midi Pyrénées
Dans ce même ouvrage, 14 exemples de groupements et clusters encourageants sont analysés. Par un effet de hasard, pas un ne se situe en Aquitaine ni en Midi Pyrénées. L’association France Clusters
qui fédère l’ensemble des groupements de PME n’accueille que 2 clusters existants en Midi Pyrénées et un troisième en création. Aucun représentant régional ou départemental n’est impliqué dans
cette association pourtant active et pertinente.
En dehors des 3 pôles de compétitivité visibles et très communiquant dans notre région (Aerospace Valley, CBS et Agrimip), l’esprit collaboratif serait-il en retard dans nos PME ? Le regroupement
des PME aux seins des syndicats professionnels, existe certes, au même titre que dans les autres régions. La culture de la revendication est bien ancrée dans le Sud-Ouest.
Pourtant, les regroupements d’entreprises à finalité commerciale ou développement (innovation, export,..) ne sont pas légions et ceux qui existent n’ont pas encore impulsés des dynamiques très
fortes sur nos territoires. Le cluster Mecanic Valley est l’un des rares clusters historiques de Midi Pyrénées. Le CIRVAD fédère des professionnels de la vente à distance. Plus récemment le cluster
« bâtiment économe » a été créé en 2006 et les clusters « Bien-être » et « Saveurs » ont été lancés en 2009 par Midi Pyrénées Expansion.
D’autres formes de regroupement sont pourtant imposées par les circonstances. Dans la filière aéronautique, le Plan Power 8 a vu la nécessité pour les sous-traitants de se regrouper. Les démarches
et tractations parfois très conflictuelles entre dirigeants d’entreprises aux égos très forts ont échouées pour un certain nombre. Celles qui se sont concrétisées, ont pris, soit la forme de
fusions (Aviacomp pour Mecahers et Sogeclair)et de rachats , ou bien de collaborations informelles entre acteurs des mêmes réseaux sans organisation structurée (comme dans le réseau Mecaréseau 31).
La démarche de groupement de Aero Team (qui rassemble 4 entreprises) progresse pour sa part lentement. Le regroupement des PME sosu-traitantes industrielles progresse donc à petits pas.
Les entrepreneurs fédérateurs au cœur des groupements d’entreprises
Les publications du CDIF, les interventions d’experts des clusters au niveau international et les observations de terrains que j’ai pu mener en Midi Pyrénées et en Ile de France permettent de
conclurent à des éléments convergents :
• C’est l’initiative d’un noyau d’entrepreneurs autour d’un leader d’opinion qui impulse le groupement
• La démarche se construit dans un temps long
• Le projet économique doit être fédérateur et porter des actions concrètes qu’aucun ne pourrait réaliser seul.
• Un ancrage territorial fort et authentique est un moteur puissant
• La culture entrepreneuriale et l’organisation locale du travail liés à une industrialisation douce et progressive (activités agricoles et artisanales cohabitant au départ)sont
des facteurs facilitateurs
• Les pouvoirs publics et les grands donneurs d’ordre doivent être associés mais ne peuvent décréter les groupements de PME
Certains de ces éléments semblent moins présents ou moins actifs dans notre région qu’en Alsace en Bretagne ou en Rhône Alpes où ces démarches sont beaucoup plus avancées et les exemples de
groupements avancés plus nombreux. Le profil d’entrepreneur fédérateur semble une clé de réussite au sein de ces groupements.
Sait-on collaborer au pays des réseaux ?
Midi Pyrénées a pourtant la réputation d’être un pays de réseau, trouvant son origine dans la culture rugby notamment. Pourtant, si le réseau est roi, c’est peut-être plus un réseau qui se cultive
sur un plan personnel, qu’un réseau collaboratif entre organisations productives.
La culture industrielle récente de Toulouse n’est peut-être pas neutre dans ce relatif retard. Les premières grandes phases d’industrialisation à Toulouse (en dehors de la tradition pastelière)
sont à dater des années 1920, avec les débuts de l’aéronautique, la cartoucherie et l’ ONIA (engrais). L’aéronautique se développe avec Airbus surtout à partir des années 1970, pour devenir
massivement l’industrie reine de la région. D’après certaines analyses de l’histoire industrielle (voir colloque 2006 "L'industrie en Midi-Pyrénées de la Préhistoire à nos jours ") « le Grand
Village toulousain du XIXe siècle a la réputation d'une ville sans tradition industrielle endogène, les initiatives seraient venues uniquement de l'extérieur et plus particulièrement de l'État. (…)
»
Les acteurs économiques régionaux auraient de fait pris l’habitude de mobiliser leur énergie dans des projets orientés vers la captation de subventions, plutôt que d’initier et d’animer des
démarches de construction d’un projet commun et de mutualisation des ressources convergentes.
De plus, l’actualité plus récente (AZF mais aussi les restructurations Power 8 et freescale,…) tempère la confiance et l’enthousiasme des Toulousains pour les activités industrielles
traditionnelles.
Les activités de nouvelles technologies, à l’historique moins chargé, trouvent de fait plus facilement la voie collaborative. Dans le domaine des satellites, le groupement Cecile créé en en 2003
regroupe 8 PME et le GIE TAMS rassemble depuis 2008 5 d’entre elles. Le groupement s’attache à travailler la R&D au bénéfice des PME.
Former et animer le tissu entrepreneurial qui doit s’approprier une culture du développement collaboratif et mutualisé est indispensable dans le long terme. C’est ce rôle,qui demande énergie et
ouverture, qui peut être impulsées dans le long terme de manière plus forte par les institutions et les territoires.
Nous avons donc encore des progrès à faire dans le changement des mentalités des entrepreneurs. La formation et la sensibilisation aux démarches collaboratives sont à développer dans les réseaux
Midi Pyrénéens. Les territoires hors de l’agglomération toulousaine trouveront probablement plus facilement les ressorts collaboratifs car ils sont plus fragiles en temps de crise.