Partager l'article ! Quand les grands comptes prennent en main le futur: Les grands comptes sont impliqués à de nombreux titres dans l’économie nationale et nota ...
Les grands comptes sont impliqués à de nombreux titres dans l’économie nationale et notamment sur nos territoires. Il est cependant notable que les frontières entre le public et le privé sont de plus en plus poreuses, et les grandes entreprises investissent le champ public sous plusieurs angles en fonction de leur culture et de leurs intérêts.
Anticiper les virages stratégiques par la prospective
Loin d’un monde manichéen où les « vilaines » entreprises font des plans de licenciement et les « gentils » pouvoirs publics découvrent trop tard la réalité, certains grands groupes ont
mis en place des cellules internes, dites de développement. Airbus, Michelin sont des exemples de grands groupes qui ont mis en place ce type d’outils.
Leur mission est de veiller à ce que l’activité économique autour des sites du groupe, soit dynamique, positionnée dans une optique compatible avec les choix stratégiques de
l’entreprise. Une société peut être amenée à soutenir certains projets de développement local auxquels elle adhère. Sans angélisme, la grande entreprise, si elle doit réduire la
voilure, pourra le faire de manière moins conflictuelle si elle a encouragé en amont un tissu d’activité dynamique bien positionné pour créer des emplois à terme. Cette démarche exige une faculté
d’anticipation et une volonté politique importante.
En cas de difficultés économiques et de plans sociaux, ces cellules gèrent les plans de revitalisation. Ces plans sont mis en place au-delà d’un certain seuil de nombre de licenciement et l’entreprise qui licencie se doit d'investir un montant proportionnel au nombre d'emplois détruits dans des dispositifs profitant au territoire. Dans le cadre de ces plans de revitalisation, les entreprises apportent, avec l'aide de consultants externes, une analyse prospective qui vise à identifier les sources de création d’emploi potentiel sur le bassin, soit par développement endogène (dans le tissu d’activités existant) soit exogène par la création ou l’implantation de nouvelles activités.
Contribuer au débat public
Sous un angle plus prospectif et moins pragmatique, certains grands groupes ont la volonté, fortement liées à la volonté du dirigeant, d’apporter une contribution, légitimée par leur position
d’experts, au débat public.
En 2005 Jean-Lous Beffa Président de Saint Gobain remet au président Chirac un rapport « pour une nouvelle politique industrielle » rapport issu d’une réflexion économique approfondie du centre
Saint-Gobain, devenu aujourd’hui Centre Cournot pour la recherche en économie. http://www.centrecournot.org/. Ce rapport proposait un nouveau mode de
dynamisation de l’innovation industrielle en France.
Obtenir une « légitimation démocratique » via la mise en place d’une Fondation
L’article de Cécile Robin « le CAC 40 et la privatisation de l’intérêt général » primé dans le cadre du grand prix de la réflexion impertinente sur l'innovation ( http://www.laprospective.fr/) est une démonstration très éclairante sur le fort développement des fondations d’entreprises. En voici les points essentiels
:
De nombreuses grandes entreprises françaises, suivant ainsi une tendance internationale, se sont lancées dans la création de fondations (150 fondations d’entreprise en 2005 soit le double de 2001
d’après le CFF). En France il se créée une fondation d ‘entreprise tous les 12 jours.(E&Y 2007). Dans un contexte ou la grande entreprise mondialisée est souvent diabolisée, les
fondations œuvre essentiellement pour les libertés individuelles, la préservation de l’environnement et la lutte contre les inégalités.
La grande entreprise appuie de fait sa légitimité d’intervention sur sa puissance économique, sa richesse humaine et son expertise de gestionnaire. Elle entend prouver ainsi qu’elle
peut damer le pion à la puissance publique sur certains sujets. D’autre part, la Fondation agit essentiellement en se basant sur le volontariat des salariés. La participation et
l’adhésion des salariés au projet de la Fondation permet d’afficher un consensus et de se positionner comme un acteur de la sphère publique en s’appropriant des valeurs et en bâtissant le
consensus autour de l'entreprise sur ces valeurs.
Les grands comptes et autres entreprises transnationales ont su mettre en place à plusieurs niveaux des outils qui les ancrent fortement dans le débat public, parfois avec pertinence, toujours
avec un intérêt pragmatique et idéologique: moraliser leur image et prouver leur efficacité aux côtés - ou contre - la force publique.
Cette entrée en force de l'entreprise dans la sphère des valeurs est une composante nouvelle, parfois inquiétante pour le citoyen, en tout cas source d'évolutions pour l'avenir
économique.